Dans la tête d’un Irondad
J. Bel Legroux

Dans la tête d’un Irondad

Dans la tête d’un Irondad

Quand on fait du sport, chacun à ses motivations. Parfois c’est se faire plaisir, être en bonne santé. Et parfois c’est autre chose. Voici les miennes.

Irondad
 
A la veille d’un tout premier triathlon, un IRONMAN 70.3 Pays d’Aix 70,3, on cogite et j’aime ça. On pense à ce qui va se passer. A l’intensité à fournir. Au travail passé. 1557 kms de vélo, 420kms de course à pied, 85,250kms de natation depuis le 1er janvier. Ça fait des heures dans le froid, dans la nuit, dans le vent, à partir sur la pointe des pieds du domicile. Tout cela, nous l’avons fait. A trois. Papa depuis la fin du mois de septembre, j’ai le privilège d’être spectateur de la Vie. J’ai un petit garçon de 7 mois et demi, qui se moquent des tours de vélo, des % de VMA et de la vitesse max au 100 m en crawl. Il me regarde avec les yeux de l’amour, admiratif. Il ne sait pas encore qu’il est ma plus grande source d’inspiration. Que lorsque j’ai douté, c’est à lui que j’ai pensé. Que lorsque j’ai eu froid, c’est vers lui que je me suis réchauffé, que lorsque j’ai eu la flemme et une baisse de motivation… c’est lui qui m’a poussé dehors comme si il me disait « Je suis là maintenant papa, je serai là tout à l’heure quand tu rentreras et on sera heureux de se retrouver ». Et à côté de lui, ou plutôt, à côté de moi, il y a mon épouse, Sandra. Elle croit en moi. Ce n’est pas la plus fan de la performance et pourtant, elle saisit mes envies, avec patience et tendresse, elle me comprend, m’encourage. Je ne crois pas en la chance. En tout cas d’habitude. Pour moi, c’est un concept fait pour remettre dans les mains d’une notion vague ce qui devrait être entre nos mains, et notre volonté. Mais que je les regarde tout les deux, je me sens chanceux.
Est-ce que c’est pour eux que je cours ? Peut-être ? Mais pas que. Je cours parce que cette course existe. Comme elle existe, et que je suis en vie, alors nos chemins doivent se rencontrer. Certains vont se mesurer dans l’effort physique. Moi, je vais mieux me connaitre et me rencontrer.
Je l’ai fait par le passé. En expéditions d’alpinisme notamment. Au bout du monde, seul, aller à sa rencontre. Comme si le quotidien, les reflets dans les miroirs des magasins n’étaient que des leurres. Il fallait partir loin et aller loin dans l’exposition, voir dans le danger, pour vivre. Et puis le temps passe. Le corps aussi passe. Il fait son chemin. Le mien m’a lâché quelques fois, j’ai vécu ça comme une trahison.
· 2009 : l’épaule droite explose suite à un placage au rugby
· 2012 : deux hernies cervicales. NCB grave. J’entends un chirurgien me dire le 12 mai, jour de mon anniversaire, « Monsieur, il y a de fortes chances (encore elle) que vous ne puissiez plus vous servir de votre bras. »
· 2013 : Rupture de la coiffe des rotateur de l’épaule droite (encore elle).
· 2014 : En grimpant, la foudre tape à 2 m. Aucune séquelle.
· 2016 : 2 hernies au lombaires, opérées en 2017.
· 2018 : Deux hernies cervicales avec NCB.
Alors le chemin n’est pas fini. Mais pour une seule personne, celui là méritait d’être repensé. Surtout que je suis papa maintenant. Il est aussi temps de me retourner sur mon parcours et de me demander « est ce que je pourrais souhaiter ça à mon fils ? Ou quelle leçon en tirer pour qu’on puisse apprendre de ces bonnes erreurs ? »
Pour faire tout ça, il faut un début. Répondre au « pour quoi » et « pour qui » s’engager ? C’est une question que je pose souvent aux sportifs en tant que coach mental. Pour qui ils grimpent, nagent courent ? Pour quoi faire de la compétition ? Parce que la vie mérite d’être vécu intensément ?
Parce qu’il y a un petit enfant anorexique enfermé dans sa chambre d’hôpital qui s’est fait une promesse : celle de vivre fort. Comme on peut aimer fort quelqu’un, vivre fort est un art.
Certains pensent qu’on repousse ses limites en tant que sportif. Je ne le pense pas. Une limite ne se pousse pas. Elle s’explore comme on chercherait les murs dans une pièce sombre dans laquelle on ne voit rien. Bien souvent, les Hommes s’arrêtent en pensant avoir trouver le mur délimitant la pièce, alors qu’ils ne sont en contacte qu’avec un meuble. Autrement dit, bien des limites n’en sont pas vraiment. Elles le deviennent par le regard qu’on porte dessus. J’ai envie de transmettre à mon fils que les limites que nous nous posons doivent être celles que nous choisissons.
J’essaie de choisir les mienne, les transformant non plus en mur, mais, en l’occurrence, en couloir de course. Au bout ? Il n’y aura pas de ligne d’arrivée mais un paradoxe. Un début, tout en étant une fin. Une nouvelle année, un nouveau cycle puisque ce sera mon anniversaire, et la fin d’un parcours. On mesure les héros non pas à leurs actes perçus par les autres, mais à la distance qui les séparent de la personne qu’ils méritent d’être. J’essaie de réduire les espaces. Je suis un réducteur d’espace. Autant pour moi, que pour les sportifs avec lesquels je bosse. Chacun peut être un héros. Ce mot est trop réservé ou aux films ou comme qualificatif de personne décédés. Les cimetières sont pleins de héros. Et je crois que le sport est un endroit où on peut en trouver encore. Un stade, une piscine, un terrain de rugby/foot, une falaise… Lorsque j’enseigne le changement et qu’on me dit que changer de vie ne peut pas se faire en une fraction de seconde je réponds ceci : « Allez voir la ligne d’arrivée d’un marathon. Vous y verrez des gens pour qui rien ne sera plus jamais pareil, et leur vie vient de basculer. Marathoniens. Marathoniennes, je vous salue !»
C’est chargé de toutes ces pensées de père, d’homme, d’enfant, et d’aventurier que je vivrai demain, mais surtout que je vis ces derniers moi. Je crois que c’est comme ça, progressivement et de façon amusée que le concept d’Irondad est nait. Normalement, on remercie après une course les gens qui nous ont portés et soutenus. Je déteste la normalité. Alors, je remercie tout le monde de prêt ou de loin qui m’ont aidé à arriver jusque-là. Autant ceux qui m’ont dit que ce n’était pas possible, ou pas une bonne idée, que le chirurgien qui me disait que le bras droit était foutu. Je remercie chaque partenaire d’entraînement, chaque automobiliste de ne pas m’avoir écrabouillé sur la route en échange d’un SMS sans doute urgent, chaque personne qui a cru en moi. Connaissant l’effet Pygmalion très bien, ces gens qui croient en vous fabriquent vos résultats presque autant que ce qu’on peut faire par soi-même. Je remercie ma famille. Et en particulier mon frère, Robin. Sans le savoir, il ignore qu’une de mes motivations, c’est de lui donner envie de prendre un départ, et que sur la ligne, avant le lancement, je sois juste à côté de lui pour partager ça. Je remercie mes différents coachs, Romain Cadière Coaching, Alexandre Bermond, Loïc Branda, et aussi tous les osthéos copains bricolos qui ont su optimiser le corps. La Team Team Nissa Triathlon Club dont je porterai les couleurs, pour leur accueille, le fun, les valeurs : Issa Nissa!
Un remerciement tout spécial pour celui que je considère comme mon mentor, mon papa du triathlon : Serge. Toi et ta famille, vous avez été les premiers à croire en moi. Merci.
Je remercie Sandra. Quand le jour se lève, il vient d’elle. Tu es celle qui me garde les pieds sur terre, et en même temps qui pose les yeux sur le ciel avec moi lorsque je rêve des étoiles. Et mon fils, Noa. L’homme de ma vie. Être père est la chose la plus incroyable de ma vie. Je lisais ce genre de phrase avant en la comprenant pour les autres, comme on peut comprendre intellectuellement la physique quantique. Depuis toi, je ne comprends plus. J’expérimente chaque jour un amour tous les jours renouvelé. Je pensais avant avoir une détermination à toute épreuve, et avoir une volonté de fer. Cet enfant a tout renforcé encore plus. Le centre du monde a changé et la Terre ne tournera plus jamais pareil pour moi grâce à lui.
Allez, il y a encore deux, trois choses à faire…
Et puis comme diraient certains : « Ce n’est qu’une course…c’est du sport…ce n’est qu’un jeu… ».
Alors demain…jouons.
Pensée à tous les autres Irondad, et Ironmum du monde.
Jonathan Bel Legroux (Irondad)

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