Maîtrisez l’avenir

Maîtrisez l’avenir

Quant à l’avenir, nous n’avons pas à le prévoir, mais à le permettre…

De St Exupéry au monde moderne

A mon avis, St Exupéry en notant dans un calepin cette phrase ne savait pas qu’elle chamboulerait ma vie, la vision de mon travail, mes passions, et plus largement encore, que cette phrase irait si bien au domaine du sport.

Le monde va vite. L’avenir se raccourci notamment avec le rétrécissement de l’espace entre les envies, les rêves et leurs réalisations. Je veux des nouvelles de quelqu’un ? Je lui écris un SMS, je passe par Messenger ou d’autres moyens de communications moderne. Et il peut me répondre immédiatement. Se poser, prendre une feuille de papier, un stylo qu’on choisit pour la forme d’écriture souhaitée puis, une fois la prose posée et envoyée…attendre.

Le passage de l’idée à l’action est accéléré. Une idée de matériel sportif à avoir et celui-ci peut être commandé et reçu quasiment dans la journée.

 

Je ne vais pas entrer dans le discours du « c’était mieux avant », parce que je ne le pense pas. Je crois en la différence. Et un monde qui se ressemble malgré le temps qui passe nous ferait stagner.

L’obsession de la prévision

On veut prévoir. Prévoir l’avenir, le parcours universitaire, la météo, les choix, les rencontres…Dès l’enfance, cette obsession de la prévision existe. Petit, trop jeune souvent, on nous demande « qu’est-ce que tu voudras faire quand tu seras grand ? ». Et il faut trouver une réponse. C’est-à-dire, qu’il faut mentalement, se projeter, futuriser comme on utilise dans le jargon de l’hypnose, choisir un chemin, s’arrêter dessus, souvent en soustrayant les autres voies, et formuler un souhait.

Ce n’est rien vous me direz. Et pourtant, cette simple mécanique mentale et la finalité verbal de la réponse peuvent être des pièges. Se projeter dans le champ des possibles est une chose. Mais choisir c’est renoncer nous dit Nietzsche. Autrement dit, lorsqu’on questionne un enfant sur l’avenir qu’il se voit faire plus tard, on est aussi en train de lui demander de renoncer à certaines possibilités. A cela s’ajoute l’engagement verbal de la réponse. Ainsi, le verrouillage mental a lieu et crée un biais cognitif d’engagement.

Un chemin est tracé. Et qu’en est-il des autres ? Rêves avortés ? N’est-ce pas parfois les peurs et les angoisses de l’adulte qui parlent derrière ces questionnements ? Car ne pas savoir de quoi demain sera fait devient de plus en plus compliqué. 

Le sportif et l’enfant…des épargnés du temps.

Pour revenir au sportif, celui-ci est un ovni car il doit à la fois prévoir l’avenir, parfois sur 4 ans, et en même temps tout faire pour le permettre. Comment ? L’entrainement, la nutrition, les étirements, les journées de récup’, les phases de PPS, de PPG, sont les bases qui vont permettre l’avenir.

Là où l’enfant se trouve face à mille choix sur la direction à donner à une vie, le sportif, choisit, puis construit. Souvent cette construction se fait avec une lenteur temporelle.

L’avenir est permis parce qu’on lui donne du temps.

C’est en cela que le paradoxe réside. Il faut prendre du temps pour aller vite. Parfois des dizaines d’années pour permettre une poignée de secondes. Quelle opposition avec le monde moderne où il ne faut qu’une poignée de secondes pour acheter un objet qui durera quelques années. Le sportif doit aller à contrecourant. Comme pourraient le faire les enfants dans une pédagogie où ne pas connaitre l’avenir et y aller quand même serait accepté.

L’incertitude, un problème certain

Mais cela reviendrait à accepter l’incertitude. Quelle horreur ! Impossible. Nous voulons maîtriser l’incertitude. Il suffit de voir les fiches d’orientation aux métiers distribués à nos enfants dans le secondaire. On peut aujourd’hui choisir un parcours scolaire en sachant combien nous allons gagner de salaire dans 10 ans. Avec le recul, on sait que cela est faux. Mais le besoin de connaitre est satisfait. On rencontre des gens grâce à des applications, des réseaux sociaux, en donnant des critères qui effacent la découverte. On peut même cadrer les paramètres pour choisir la pilosité de la personne rencontrée. Plus de surprise, ni mauvaise, ni bonne.  On essaie de gommer l’incertain.

 

Pour le sportif, comme pour l’enfant qui découvre le monde, la force se trouve justement dans ce rapport à l’incertitude. Celle-ci est là. Partout. On se prépare à y faire face. On ne cherche pas à l’enlever, mais à y répondre. Il y a de l’incertitude quand on enlève les petites roues du vélo pour apprendre, et il y en a aussi lorsque le grimpeur part « à vu » (sans connaître préalablement les mouvements de la voie), ou encore quand le rugbyman rentre sur le terrain. 

Cogito ergo sum

La seule certitude peut exister dans les capacités qui ont été développées, et répétés. L’avenir, il faut le permettre. Ce qui en sera, ce sera ce que vous vous êtes déjà permis de vivre. Pas ce que vous anticipez, espérez et contemplez simplement ce que vous êtes. L’avenir, c’est ce que vous êtes.

La seule façon peut être de bien connaitre l’avenir est pourrait résider dans le fait de bien vous connaitre vous-même. Suffisamment pour arriver à enlever les petites roues tout en sachant que vous pouvez rouler, tomber et continuer d’exister malgré tout.

 

Et vous, quelle est le rapport à la surprise, à l’acceptation de « ne pas savoir » ? Peut-être que vous pourrez remarquer qu’il est rare pour certaines personnes de dire « je ne sais pas ». On veut savoir. On veut voir les bandes annonces avant d’aller au cinéma. On veut faire de l’hypnose ou de l’ostéopathie, ou d’autres soins, en sachant par avancent que ça va marcher… On veut connaitre la fin, avant d’être passé par le début. Peut-être est-il temps de ré apprendre à prendre le temps d’apprendre. Ne serait-il pas beau de réinvestir la répétition dans l’apprentissage par plaisir.  Ainsi nous pourrions nous inspirer du sportif, de l’enfant, et surtout de l’enfant sportif (parfois planqué en l’adulte, juste de l’autre côté des peurs du grand, adossé aux rêves d’enfant).

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